Vertebrae- 2008


Description

Ayant la lourde tâche de succéder à Ruun, Vertebræ fut un album attendu par les fans du groupe, qui se demandait quelle direction allait prendre Enslaved pour son dixième essai studio.

Le groupe continue d'utiliser les runes dans son imagerie, et cette fois ci, c'est la rune Mannaz qui est représentée sur la couverture de l'album. Effectuée par Truls Espedal, le même artiste ayant fait toute les couvertures depuis Monumension, la peinture ornant l'album posséde une atmosphère brutale et sombre qui sied à merveille au groupe.

Le nom de la rune, Mannaz, provient du mot norrois pour "homme", et est une image du lien entre le corps et l'esprit, des relations et de l'importance du travail en équipe.

Vertabræe fut mixé par Joe Baresi, un collaborateur de Tool et Queens of the Stone Age.

Détails


Label: Indie Recordings
Composition:  Ivar Bjørnson et Grutle Kjellson
Paroles:   Ivar Bjørnson et Grutle Kjellson
Production: Ivar Bjørnson, Herbrand Larsen et Grutle Kjellson
Enregistrement: Propeller Music Division, Oslo (N), Amper Tone Studio, Oslo (N), Earshot Studio, Bergen (N) et Peersonal Sound, Bergen (N)


Line-up:

Track-listing:

1. Clouds
2. Coast
3. Ground
4. Vertabræe
5. New Dawn
6. Reflection
7. Center
8. The Watcher

Versions disponibles:


CD Indie Recordings Version promo, pochette en carton
CD Indie Recordings Digipack
CD
Indie Recordings

2xLP
Indie Recordings

Boxset
Indie Recordings
Vertebræ, Live at Hard Rock Festival, porte carte, patch
Boxset
Indie Recordings
Vertebræ en 2 LP, plus Live at Hard Rock Festival en 1 LP, porte carte, patch

Chronique


Voilà donc le nouvel album d’Enslaved, deux ans après la sortie de Ruun, et quatre après celle d’Isa.  Depuis que le line-up s’est stabilisé avec les 5 membres actuels, les albums s’enchaînent sur un rythme régulier. Malgré son travail constant (un album tous les 2 ans, les nombreuses tournées, sans même parler des side-projects de chaque membre), la qualité ne baisse pas et le groupe ne stagne pas. Ruun fut un nouveau pas pour le groupe, un album différent de son prédécesseur, comme il est de tradition pour Enslaved. Le groupe cassera-t’il cette tradition pour Vertebræ ?

Les Norvégiens, qui semblent définitivement n’avoir aucune limites, sont des fans de rock progressif, ce n’est un secret pour personne (l’album favori de Grutle comme d’Ivar est In the Court of the Crimson King), et depuis Monumension ont intégrés diverses facettes de ce style dans leurs compositions. Continuant donc dans cette voie, Vertebræ est leur album qui rappelle le plus ce style. Dès le titre d’ouverture, "Clouds", la direction prise par le groupe sur ce disque est évidente. Un titre plutôt léger, loin de la dimension épique auquel Enslaved nous avait habitué. Des guitares qui sont bien moins incisives que par le passée (même si le duo Arve Isdal/Ivar Bjørnson nous sort un riff si typique du son du groupe), une atmosphère plus aérienne et fouillée, la chanson fait penser autant à Monumension qu’à Ruun. Vertebræ est un concentré de ces deux disques, sans pour autant en être une synthèse. Les expériences psychédéliques du dernier album, ainsi que les subtilités de la rythmique, et le travail sur les atmosphère de Monumension se retrouvent dans ce dernier album.

Cependant, au contraire des 2 albums cités, Vertebræ est cohérent et homogène, ce qui simplifie le travail d’assimilation. Les compositions sont, comme toujours, complexes: changement de rythmes, progression des accords, chansons à tiroirs. Ils ont tous cependant en commun le travail imposant sur les atmosphères planantes et mélodiques. Chaque chanson comporte des passages magnifiquement portées par les mélodies au clavier d’Herbrand Larsen (l’homme fort de cet album), des breaks planants, des solos psychédéliques d’Arve Isdal. Enslaved, sans perdre de sa superbe, a calmé le jeu, s’est presque assagi, sans jamais perdre son pouvoir d'évocation. Certains passages sont même de l’easy-listening ("To the Coast" et son break planant et léger), et vous vous surprendrez à accompagner Herbrand lors de ses envolées mélodiques, autant au chant qu’au clavier. Sur Vertebræ, Larsen montre définitivement son apport au groupe, le groupe prenant l’audace de lui laisser la moitié des lignes de chant. Dans la mouvance d’Opeth, le groupe intègre une guitare acoustique sur "Ground", un titre qui brille et rejoint aux rangs des joyaux "Neogenesis", qui ont en commun de tutoyer les cieux et de posséder de sublimes solos.

Les sonorités typiques du groupe sont toujours présentes, mais moins incisives, moins violent et avec moins de disparité. Les riffs sont toujours aussi ingénieux, juste moins nombreux et moins rentre-dedans, sauf durant le temps de l’introduction "New Dawn", qui possède des parties de guitares dissonantes dont le groupe a le secret. Sur "Reflection", les guitares reprennent partiellement la part du lion au clavier pour créer une atmosphère sombre et magnifique, tissée par le duo Ivar et Arve. Grutle n’est pas en reste et son timbre râpeux, si reconnaissable, redonne une part d'agressivité. Cependant, sa voix est plus lointaine que par le passé, la faute au mix si particulier de Joe Baresi. Sa production compacte met bien en avant les guitares et les superbes nappes de claviers, mais pousse le chant plus au fond. Cela pourrait paraître un défaut, particulièrement avec des enceintes, mais se révèle être particulièrement adapté pour une écoute au casque; le disque prend alors une ampleur atmosphérique hors du commun.

Une fois de plus, Enslaved évolue, et Vertebræ est, comme chaque album du groupe, unique dans leur discographie. Homogène de bout en bout, le disque atteint des sommets grâce au travail poussé sur les atmosphères progressives et planantes. Construites avec art, les compositions varient entre le très bon et le sublime. Son atmosphère intemporel ainsi que sa cohérence laisse une grande chance à Vertebræ d’être un disque qui durera. Dix-huit ans de carrière, dix albums, il est temps de dresser un petit bilan. Des disques tous différents, et pourtant tous si caractéristique d’Enslaved, avec aucun d’entre eux ne pouvant être considérer comme un album faible. Un groupe qui atteint la perfection avec Isa, et en fut proche par deux fois avec Below the Lights et Vertebræ. Qui n’a plus à prouver son dévouement pour la musique ni son intégrité.  Tout cela ne peut qu'évoquer un seul sentiment au fan de musique: le respect.